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Un samedi matin de fin d’automne, j’ai compté les livres qui traînaient dans la maison : un sur la table de nuit, deux sous le canapé, un dans la salle de bains, trois à côté du fauteuil. Cette dispersion m’a fait sourire, puis réfléchir. Un livre qu’on peut atteindre sans se lever, c’est un livre qu’on ouvre. Une pile soignée, au bon endroit, est une forme de bibliothèque personnelle, toujours à portée de main.
Une pile, c’est quoi exactement
Ce n’est pas un rangement, c’est un réservoir temporaire. J’y mets les livres en cours, ceux que j’ai envie d’ouvrir cette semaine, et un ou deux que je reprends par plaisir. Le reste dort dans les étagères. Cette distinction évite que la pile gonfle jusqu’à devenir un meuble à part entière. Mon repère personnel : cinq livres au maximum. Au-delà, la pile penche et la tentation de tout lire en même temps devient paralysante.
Composer une pile stable
La stabilité repose sur quelques principes simples, comme dans la construction d’un mur de pierres sèches.
- Les plus grands en bas. Un grand format large et plat forme une base solide. Les petits formats poche, plus légers, viennent au sommet.
- Le dos du côté visible. Les tranches permettent de retrouver un titre sans tout déplacer. Je tourne les dos vers moi, de manière à lire les titres depuis le fauteuil.
- Une hauteur raisonnable. Une pile qui dépasse le niveau de l’épaule d’une personne assise finit par tomber. Je m’arrête à une trentaine de centimètres.
- Un support plat. La pile reste sur un plateau, un coffre ou une table basse, jamais en équilibre sur un accoudoir.
Un livre épais sert aussi de serre-livre pour un lot de livres plus fins posés debout à côté. On obtient ainsi une petite bibliothèque d’appoint qui occupe peu de place.
Le papier, une matière vivante
Le papier absorbe l’humidité de l’air, gondole, jaunit et sent parfois le renfermé. Dans une pièce froide et humide, les livres posés au sol ou contre un mur extérieur en souffrent d’abord. Je garde les piles à distance du mur, sur un support surélevé de quelques centimètres, et je ne les place jamais contre un radiateur : la chaleur sèche les couvertures et fait craquer les reliures.
La lumière directe du soleil décolore les dos de façon irréversible. Une pile près d’une fenêtre exposée au sud doit donc être déplacée l’été, ou protégée par un voilage. Pour un livre de brocante déjà fragile, la précaution est encore plus utile.
La poussière s’accumule sur la tranche supérieure. Un pinceau doux ou un chiffon sec la retire en quelques secondes. Lorsque des taches de moisissure apparaissent, il faut isoler le livre, l’aérer, et éviter de le mettre à côté des autres, car la moisissure se propage. Un livre fortement atteint peut être mis de côté plutôt que sauvé à tout prix, particulièrement si l’on est sensible aux allergies.
Les mauvaises odeurs et les bonnes
Le papier ancien dégage une odeur, mélange de vanille, d’herbe sèche et de poussière tiède, que beaucoup trouvent délicieuse. Si elle devient aigre ou piquante, c’est signe d’humidité. Un sachet de bicarbonate de soude ou de riz posé à proximité, dans une boîte ouverte, capte un peu l’humidité. J’ouvre aussi les livres en éventail une fois par mois pour les aérer.
On évite de parfumer directement les livres avec des huiles ou des sprays, qui tachent et altèrent le papier. Le parfum d’ambiance se règle autrement et loin de la pile.
Et les marque-pages
Plier les coins des pages abîme le papier et laisse une marque durable. Un marque-page se fabrique en deux minutes : une bande de carton, un ruban, une carte postale ancienne, une feuille séchée pressée. Je n’utilise jamais de trombone sur du papier fin, qui laisse une trace de rouille avec le temps. Pour poser un livre ouvert sans casser le dos, on le retourne à plat sur la table plutôt que de le laisser s’effondrer face contre le bois.
Rendre la pile agréable à regarder
Une pile peut participer à l’ambiance sans effort. L’alternance des couleurs de couverture, des textures de toile et de papier, donne un joli volume. J’y pose parfois un objet de petite taille : une pierre, une tasse en grès, une branche de buis. Il doit rester léger et ne pas gêner l’accès aux livres. Un simple plateau en bois sous l’ensemble structure la composition et protège la surface en dessous.
Je me méfie des piles trop soignées, rangées par couleur. Elles deviennent des objets de décor, et l’on n’ose plus y toucher. Une pile vivante accepte les changements, les marque-pages qui dépassent, les carnets glissés au milieu.
Famille, animaux, sécurité
Une pile haute près d’un passage peut tomber sur un enfant ou un animal. On la place hors des zones où l’on court, et on la limite en hauteur quand de jeunes enfants habitent la maison. Les chats adorent les faire tomber : un plateau à bords relevés ou une étagère basse les décourage un peu. Enfin, on ne dépose jamais de bougie ou de boisson sur une pile : le papier brûle, boit et ne pardonne rien.
Pour commencer ce soir
Rassemblez les livres éparpillés dans la maison et choisissez-en quatre ou cinq à ouvrir ces prochains jours. Empilez-les à côté de votre fauteuil, les plus grands en bas, les titres lisibles depuis le siège. Remettez les autres en rayon. En dix minutes, vous avez créé une bibliothèque minuscule, pensée pour votre semaine.



