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Fin janvier, un mercredi soir, le vent tourne autour de la maison et se glisse là où personne ne l’attend. Je lis dans le fauteuil de la fenêtre, le livre bien en main, quand un filet d’air froid vient frôler ma nuque. Rien de dramatique, mais il suffit à rendre la lecture pénible. Dans les vieilles maisons, ces courants d’air sont une compagnie familière, et on apprend à les contourner sans transformer la maison en chantier.
Savoir d’où vient l’air
Avant d’agir, il faut localiser le passage. Un test sans outil : allumer un bâton d’encens ou une bougie, éteindre les autres sources de mouvement d’air, et observer la fumée ou la flamme le long des fenêtres, du bas de la porte et du bord des plinthes. Là où elle vacille, l’air passe. Sur un jour de grand vent, la main humide ressent aussi très bien les infiltrations. Cette enquête dure un quart d’heure et évite d’acheter à l’aveugle.
Les sources habituelles sont les joints de menuiserie fatigués, le bas des portes, les boîtes aux lettres, les trappes de cheminée et les volets mal ajustés. Il convient d’être prudent avec une cheminée : on ne la bouche jamais complètement si elle sert, et un conduit de chauffage ne se calfeutre pas sans avis. Pour tout ce qui touche à la ventilation, à une chaudière ou à un poêle, mieux vaut faire appel à un professionnel, car une maison trop étanche peut devenir dangereuse si l’air n’y circule plus.
Le boudin de porte et de fenêtre
C’est le geste le plus ancien et le plus efficace. Un long tube de tissu, rempli de sable sec, de graines, de riz ou de chiffons tassés, posé au pied de la porte ou sur le rebord de la fenêtre, coupe la plupart des filets d’air. J’en ai cousu un dans une vieille manche de chemise en lin, remplie de laine de récupération. Il a la bonne longueur pour une fenêtre standard, et sa texture est agréable à voir.
Pour les débutants en couture, une chaussette longue remplie et nouée à l’extrémité fait aussi l’affaire. Le remplissage doit être sec et inodore : le sable humide moisit, le riz attire les petits rongeurs si on le stocke en cave. Dans une maison avec animaux ou jeunes enfants, on évite les petites graines susceptibles d’être avalées en cas de déchirure.
Le rideau comme isolant
Un rideau épais fait un vrai travail d’isolation, bien au-delà de la décoration. Il crée une lame d’air immobile entre la vitre et la pièce, ce qui limite l’effet de paroi froide. Les tissus lourds, laine, velours ou toile doublée, sont les plus efficaces. À défaut, on double un rideau fin avec une couverture ancienne ou une doublure en molleton, accrochée avec des pinces.
Plus le rideau descend près du sol et se resserre sur les côtés, mieux il fonctionne. Il doit pourtant ne pas toucher un radiateur situé dessous, qui chaufferait la vitre sans chauffer la pièce, et ne pas être exposé à la chaleur directe pour des raisons de sécurité. En journée, on l’ouvre pour profiter de la lumière, puis on le referme à la tombée de la nuit. Ce geste a un effet de bien-être très réel, presque rituel.
Le film isolant et les joints
Un film transparent de survie, tendu à l’intérieur sur le cadre de la fenêtre avec du ruban double face et chauffé légèrement au sèche-cheveux, crée une couche d’air supplémentaire. Il s’enlève au printemps. Les bandes de mousse adhésive posées dans les feuillures ferment les petites fentes. Elles se coupent aux ciseaux et se posent en quelques minutes, sans perçage, ce qui convient bien à une location. Avant de coller, on nettoie et on sèche la surface, sinon l’adhésif ne tient pas.
Attention, une fenêtre trop calfeutrée dans une pièce qui produit de l’humidité provoque de la condensation et des moisissures. Je garde un petit rituel d’aération : dix minutes, fenêtre grande ouverte, une ou deux fois par jour, même en hiver. Un air renouvelé sèche vite et se réchauffe plus vite qu’un air stagnant.
Se protéger soi-même
Quand l’air passe encore, on protège la nuque et les épaules plutôt que la pièce. Un châle en laine noué, un col roulé, une écharpe légère : l’ancien réflexe fonctionne. Un fauteuil à dossier haut ou à joues coupe l’air latéral. On peut aussi placer un paravent, un portant ou un grand drap tendu entre la fenêtre et le siège. Il ne s’agit pas de bâtir un mur, juste de casser le flux.
Dans le même esprit, éviter de s’installer exactement dans l’axe de la porte et de la fenêtre. L’air circule en ligne droite, et le coin le plus abrité se trouve souvent un peu en retrait, dos au mur plein.
Entretien
- Les boudins se lavent à la machine si leur remplissage le permet, sinon on en change simplement la housse.
- Les rideaux lourds s’aspirent doucement à la brosse une fois par saison et se lavent à la température de l’étiquette.
- Les joints adhésifs se remplacent tous les deux ou trois hivers.
- Les traces de condensation sur les vitres s’essuient chaque matin pour éviter les moisissures au bas du cadre.
Pour commencer ce soir
Passez la main le long de la fenêtre près de votre fauteuil, puis au pied de la porte. Là où l’air froid se fait sentir, roulez une serviette épaisse ou une couverture et posez-la en travers. Fermez le rideau, ouvrez votre livre, et notez dans une demi-heure si la nuque a retrouvé son calme. Demain, cousez ou nouez un vrai boudin si le résultat vous a plu.



