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Il y a, vers dix-huit heures en hiver, un moment où la maison semble hésiter entre le jour et la nuit. Les pièces sont encore éclairées par la lumière bleue du crépuscule, mais les coins s’assombrissent et le froid se glisse sous les portes. C’est le moment où je ferme tout. Pas comme une corvée, mais comme un enchaînement de gestes qui, répétés chaque soir, finissent par installer la sensation d’être à l’abri. Je l’appelle la fermeture, un mot de boutique qui fait sourire, et pourtant c’est exactement cela.
Pourquoi fermer fait du bien
Une maison ouverte sur la nuit, avec des vitres noires et des rideaux tirés à moitié, donne une impression de vulnérabilité. Les vitres sans voilage renvoient l’éclairage intérieur comme des miroirs sombres, et l’on se sent observé. Fermer les volets ou tirer les rideaux délimite l’espace : la pièce redevient un contenant, avec des parois douces, une chaleur gardée, un volume maîtrisé.
Le côté pratique n’est pas négligeable. Des volets fermés et des rideaux épais limitent les déperditions de chaleur par les vitrages, surtout dans les logements anciens. L’effet est très perceptible dans une pièce exposée au nord, où une simple épaisseur de tissu fait baisser la sensation de courant d’air.
La séquence que je suis chaque soir
- Aérer cinq minutes. Avant de fermer, j’ouvre en grand deux fenêtres opposées pour renouveler l’air. L’air frais d’hiver est sec, il assainit la pièce et évite la condensation. Cinq minutes suffisent : la chaleur emmagasinée dans les murs ne s’enfuit pas.
- Fermer les volets. De l’étage vers le rez-de-chaussée, toujours dans le même ordre. Le bruit du volet qui descend a quelque chose d’une ponctuation.
- Tirer les rideaux. Ceux de la chambre et du salon. Les plis doivent tomber droit, sans bloquer un radiateur.
- Allumer les lumières basses. Une lampe dans chaque pièce où je reste, plafonniers éteints.
- Éteindre ce qui ne sert plus. Prises multiples, chargeurs, appareils en veille : un tour rapide, sans zèle.
- Vérifier la porte d’entrée. Clé, verrou, un regard vers la rue.
L’ensemble prend dix minutes. Mais la qualité de ces dix minutes dépend de la lenteur avec laquelle on les accomplit.
Les rideaux, matière principale du rituel
Un rideau épais change la vie d’une pièce froide. Un lainage lourd, un velours de coton, une toile de lin doublée : tous fonctionnent, à condition de tomber jusqu’au sol et de dépasser la largeur de la fenêtre de quelques centimètres de chaque côté. Sans acheter, on peut déjà tirer parti de ce qu’on possède : une couverture en laine accrochée avec des pinces sur une tringle provisoire, ou un vieux drap de lin doublé d’un plaid.
En location, on peut installer une tringle à tension, sans percer, qui se cale dans l’encadrement. Elle supporte des tissus légers à moyens. Pour des rideaux lourds, vérifiez la charge indiquée sur l’emballage, et ne forcez pas.
Côté entretien, les rideaux en coton ou en lin se lavent à trente ou quarante degrés, sans essorage violent. Le velours et la laine demandent souvent un nettoyage à sec ou un lavage délicat : lisez l’étiquette. Dépoussiérez-les à l’aspirateur, brosse douce, deux fois par saison pour éviter l’accumulation de poussière et d’acariens.
Le boudin de porte
Un détail qui compte : le courant d’air sous la porte d’entrée. Un boudin de porte, ce long coussin de tissu rempli de sable ou de graines, bloque le froid qui glisse sur le sol. On en fabrique un en vingt minutes avec une vieille chaussette longue ou une manche de pull, remplie de riz ou de lentilles sèches et cousue aux deux bouts. Ni coûteux, ni esthétiquement forcé : il a un côté artisanal que j’aime.
La lumière de transition
La fermeture des volets se fait mieux avec une lumière douce déjà allumée. Passer brutalement du jour à la nuit, en plongeant dans l’obscurité, est désagréable. Je commence par allumer une petite lampe à l’entrée ou dans le couloir, puis je ferme. L’œil s’habitue, la maison semble se resserrer sans à-coup.
Si l’on utilise des bougies ou des lampes à huile, on les installe loin des rideaux et on les éteint avant de monter se coucher. Les lampes électriques à basse consommation, chaudes et à intensité variable, sont plus sûres pour une pièce que l’on quitte régulièrement.
Sécurité et ventilation
- Ne bouchez jamais les grilles d’aération et les entrées d’air des fenêtres : la ventilation d’un logement doit rester active, surtout s’il y a une chaudière ou un poêle.
- En cas de doute sur une odeur de gaz ou un détecteur de fumée qui sonne, ouvrez, sortez, et appelez un professionnel ou les secours.
- Vérifiez que les rideaux ne frôlent ni un radiateur très chaud ni un poêle.
- Dans une chambre d’enfant, évitez les cordons de rideaux pendants à portée de main.
Un geste de plus : le dernier regard
Avant de monter, je fais un dernier tour, la main sur l’interrupteur, et je regarde la pièce telle qu’elle est : le plaid plié sur le canapé, la tasse sur le plateau, la lampe qui s’éteint. Ce dernier regard ressemble à un remerciement discret à la maison, et il ferme vraiment la journée.
Pour commencer ce soir
Au moment où la lumière baisse, aérez cinq minutes, puis fermez volets et rideaux dans le même ordre, lampe douce allumée. Terminez par un dernier regard sur la pièce.



