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Le premier jour vraiment froid de l’année, on sort les pulls de laine qui dorment depuis avril. Dans le tiroir, une odeur de renfermé se mêle à celle de la naphtaline que l’ancienne propriétaire avait peut-être laissée, ou à celle, plus banale, d’un linge rangé un peu trop vite. Ce moment ressemble à une porte qui s’ouvre sur l’hiver. Le parfum d’un placard à linge se prépare longtemps à l’avance, et il tient davantage à la matière qu’à l’essence.
Ce qui sent bon dans un placard
Un linge propre, bien sec et rangé à l’air n’a presque pas d’odeur, et c’est déjà très agréable. Le reste est une question de dosage : on cherche une présence légère, comme un souvenir, pas une note qui sature le tissu. Plusieurs matières répondent à ce besoin sans produit industriel :
- Le bois de cèdre. Boules, copeaux, planchettes : son odeur sèche et résineuse éloigne naturellement les mites, du moins en partie. Il s’use avec le temps, mais un léger ponçage au papier fin lui redonne du parfum.
- La lavande séchée. Douce, florale, familière. Elle convient bien aux draps et aux serviettes. Son effet sur les mites reste modeste, ne pas compter dessus seule.
- Le savon de Marseille. Un petit pain non emballé, glissé dans un tiroir, laisse une odeur propre et légèrement huileuse.
- Les zestes d’agrumes séchés. Vifs mais fugaces, à réserver aux tiroirs de linge de maison que l’on ouvre souvent.
- Le romarin et le laurier. Plus herbacés, ils conviennent au linge de lit d’hiver.
Avant tout parfum : un linge sec et un placard vide
La cause principale d’un linge qui sent mauvais, c’est l’humidité. Un vêtement rangé encore légèrement humide, même au toucher presque sec, développe vite une odeur de renfermé, voire de la moisissure. Pour éviter cela :
- laisser sécher le linge complètement, au grand air si possible, avant de le plier ;
- attendre que les vêtements portés soient aérés quelques heures avant de les remettre dans l’armoire ;
- ne pas serrer les piles au point d’empêcher l’air de circuler ;
- vider le placard une fois par an, l’essuyer avec un chiffon légèrement humide additionné d’un peu de vinaigre blanc, et le laisser sécher portes ouvertes.
Dans une maison ancienne, un placard installé contre un mur extérieur froid peut condenser l’humidité. Si le fond de l’armoire est humide au toucher, qu’on y trouve des taches ou une odeur persistante de moisi, il s’agit d’un problème d’humidité à traiter à la source, pas d’une question de parfum. On demande alors l’avis d’un professionnel du bâtiment.
Fabriquer un sachet de linge, pas à pas
Le sachet est un objet très simple, qui se fait avec des chutes de tissu. On peut utiliser un vieux mouchoir en lin, un morceau de drap usé, une chaussette propre de coton. La procédure :
- découper deux carrés de tissu d’environ douze centimètres de côté ;
- les coudre sur trois côtés, à la main ou à la machine, ou simplement nouer le tissu autour du contenu avec un lien ;
- remplir aux deux tiers de lavande séchée, de copeaux de cèdre, ou d’un mélange des deux ;
- fermer solidement : une graine qui s’échappe tache le linge ;
- glisser le sachet entre les piles, sans toucher directement les tissus clairs si la plante est foncée.
Le sachet se renouvelle environ une fois par an. Pour le raviver entre-temps, on le presse dans la main ou on le frotte contre la paume.
Les mites : une question d’hygiène avant tout
La mite s’attaque surtout aux fibres animales (laine, cachemire, soie) souillées par la transpiration, les traces alimentaires ou la poussière. Un vêtement propre, bien aéré, rangé dans un endroit sec est beaucoup moins attractif. Le cèdre et la lavande peuvent aider, mais ils ne remplacent ni le lavage, ni l’aération, ni le rangement dans des housses fermées pour les pièces précieuses.
Si l’on découvre de petits trous, de la poussière fine ou des larves, il faut agir vite : laver ce qui peut l’être, congeler quelques jours les pièces fragiles en sac fermé, aspirer soigneusement le placard et ses recoins. Les insecticides chimiques existent, mais on les réserve aux infestations avérées et on respecte les consignes d’aération. Pour des pièces de valeur, un avis professionnel est préférable.
Prudence avec les enfants et les animaux
Un placard n’est pas inaccessible. Les boules de cèdre peuvent être avalées par un jeune enfant, les sachets de lavande ouverts par un chat ou un chien curieux. On les range hors de portée, dans un tiroir haut ou dans un tissu bien cousu. La naphtaline et le paradichlorobenzène, parfois retrouvés dans de vieilles armoires, sont toxiques et irritants : si l’on hérite d’un meuble qui en sent, on l’aère longuement, on sort le linge qui s’y trouvait, et on évite d’y ranger des vêtements d’enfant ou de bébé.
Les personnes sensibles aux parfums, notamment les personnes allergiques ou asthmatiques, auront parfois du mal avec la lavande ou le cèdre, même en sachet. Le mieux est alors de se contenter d’un linge sec et d’un placard aéré.
Un parfum qui passe de la poche à la maison
Dans une maison ancienne, on peut aussi parfumer d’autres endroits avec le même principe : un sachet dans le tiroir de l’entrée, un autre dans la banquette à coussins, un troisième dans le coffre à couvertures. À chaque fois, on obtient une odeur de fond discrète, qui apparaît quand on ouvre et qui disparaît quand on referme. C’est exactement le contraire d’un parfum d’ambiance continu, et c’est souvent ce qu’on souhaite : la surprise d’un linge qui sent bon, sans que la maison entière ait la même note.
Pour commencer ce soir
Ouvrir le tiroir où dorment les pulls, en sortir une pile, la secouer devant une fenêtre ouverte. Glisser dedans un morceau de savon non emballé ou une poignée de lavande séchée enveloppée dans un mouchoir de coton. Refermer sans trop serrer. Demain matin, le tiroir sentira le propre, et la laine sera prête pour le premier vrai froid.



