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Le thermomètre du couloir affiche seize degrés, il est six heures du soir, et la chaudière tourne depuis ce matin. Dans la pièce où je travaille, la chaleur reste en haut, près du plafond, pendant que mes pieds trouvent le carrelage glacé. Lire dans ces conditions demande un peu de stratégie. Plutôt que de monter le chauffage pour toute la maison, je préfère réchauffer ce qui compte : les genoux, les mains et le bas du dos.
Où le froid se glisse vraiment
Quand on lit, on bouge peu. Le corps produit moins de chaleur qu’en marchant, et ce sont les extrémités qui le disent d’abord : doigts, nez, pieds. Un livre se tient à bout de bras, les mains s’engourdissent, on tourne les pages avec peine. Le froid vient souvent d’en bas, du sol, ou d’un mur extérieur non isolé dans le dos. Réchauffer l’air de la pièce entière est une manière coûteuse de résoudre un problème local.
Une couverture sur les jambes, c’est déjà une petite pièce dans la pièce. L’air chaud qui sort du corps reste piégé entre le tissu et la peau, et l’on gagne plusieurs degrés de confort ressenti.
Choisir la couverture selon la matière
- La laine isole bien même légèrement humide, respire et ne retient pas les odeurs. Elle gratte parfois : on la pose alors par-dessus un vêtement doux plutôt que sur la peau. Elle se lave à froid ou en programme laine, et se sèche à plat.
- Le coton tissé ou le molleton offre une chaleur plus modeste mais plus douce, et supporte des lavages plus vigoureux. Une vieille couverture de coton pliée en deux tient souvent plus chaud qu’un plaid fin en laine synthétique.
- Le polaire sèche vite et pèse peu, mais il accumule l’électricité statique et ne respire pas. Je l’évite pour une longue lecture, car on finit moite.
- Les fibres naturelles épaisses comme une couverture de brocante en laine feutrée sont lourdes, mais cette lourdeur donne une sensation d’enveloppement très apaisante.
Le mieux, bien souvent, est celle qu’on a déjà. Une couverture du lit d’amis, un vieux plaid de voyage, un châle ancien : chacun fait l’affaire. J’ai longtemps cru qu’il fallait un plaid spécial pour la lecture. Il suffisait de choisir une couverture et de la laisser près du fauteuil, pliée sur l’accoudoir.
La bouillotte, un vieux remède qui fonctionne
La bouillotte à eau chaude garde sa chaleur plusieurs heures, bien plus longtemps qu’un chauffage d’appoint ne chauffe l’air autour de soi. Je la glisse sous la couverture, sur les cuisses ou contre le ventre, selon l’envie. On peut aussi en mettre une dans le dos, entre le coussin et le dossier.
Quelques règles de prudence m’ont été données par un pharmacien et elles méritent d’être répétées :
- Ne jamais remplir avec de l’eau bouillante : de l’eau très chaude, mais pas à ébullition, ménage le caoutchouc et la peau.
- Chasser l’air avant de visser le bouchon, en pressant doucement la bouillotte à plat.
- Vérifier l’état du caoutchouc chaque saison, et remplacer toute bouillotte fissurée, durcie ou gonflée. Une bouillotte ancienne peut éclater.
- Toujours l’envelopper dans une housse en tissu, sans la poser directement sur la peau. Des brûlures peuvent survenir même à température modérée si le contact dure longtemps.
- La tenir hors de portée des jeunes enfants et ne pas s’endormir dessus, surtout pour les personnes peu sensibles à la chaleur.
Une alternative sans eau : le sachet de graines (blé, noyaux de cerise) passé quelques instants au four à micro-ondes. Il épouse les formes du corps et diffuse une chaleur plus humide. Il faut alors respecter le temps de chauffe indiqué et ne jamais le laisser chauffer sans surveillance, car les graines peuvent s’enflammer si on les chauffe trop.
Les mains, un cas à part
Tenir un livre ouvert pendant deux heures est un exercice de patience pour les doigts. Je me suis fabriqué un petit rituel : une tasse de tisane chaude entre les paumes avant de commencer, puis un lecteur posé sur un coussin quand la main refuse de collaborer. Les mitaines en laine, coupées aux doigts, laissent le pouce et l’index libres pour tourner les pages. On en trouve de tricotées main en brocante, ou on les fabrique en recoupant une vieille chaussette longue, sans couture compliquée.
Superposer, comme dehors
La logique du vêtement s’applique au coin lecture. Première couche : un pull ou un gilet que l’on porte déjà. Deuxième : la couverture. Troisième, si besoin : la bouillotte. Chaque étage ajoute un peu de chaleur sans demander de réglage. Et quand la température remonte, on retire une couche sans quitter son fauteuil.
Les chaussettes comptent plus qu’on ne le croit. Une paire en laine épaisse, mise avant de s’installer, réchauffe tout le corps, car les pieds sont en grande partie responsables de la sensation de froid généralisée. Un petit tabouret ou un coussin pour surélever les pieds éloigne du carrelage.
Entretien sans prise de tête
Une couverture qui sert tous les jours se lave deux ou trois fois par hiver, pas plus, à la température indiquée sur l’étiquette. Entre deux lavages, on l’aère à la fenêtre une dizaine de minutes, ce qui élimine l’humidité et les odeurs de la pièce. Un aspirateur à main sur la laine retire les poils. Contre les mites, qui apprécient les fibres animales, des sachets de cèdre ou de lavande dans le coffre où elle dort l’été font bien le travail.
Pour commencer ce soir
Choisissez la couverture la plus lourde de la maison et posez-la sur l’accoudoir de votre fauteuil. Faites chauffer de l’eau, remplissez une bouillotte à moitié, enveloppez-la dans un torchon épais. Installez-vous, glissez-la sous le tissu, et lisez une demi-heure sans toucher au thermostat. La différence se sent presque immédiatement.



